Reportage

Portrait Awa Kaboré

Awa Kaboré est une grande jeune femme de 34 ans, elle anime l’alphabétisation en langue mooré .

 Elle est une des rares femmes du village qui parle français qu’elle enseigne aussi pendant les séances d’apprentissage du CDAF avec succès : lors de la dernière campagne d’alphabétisation, il y a eu 30 reçus sur 30  aux évaluations!

Awa et Jeanne H devant le jardin en préparation.

Revenons vers Awa,  j’ai réussi à la faire parler d’elle, malgré sa grande pudeur. Elle est née près de là, à Bazoulé, village célèbre pour sa mare aux crocodiles sacrés .

A 19 ans, elle est devenue, par un mariage arrangé,  la 2ième épouse d’un homme de Goghin à qui elle a donné 4 enfants.

La dernière est toujours dans son dos, ou à cheval sur sa hanche, car elle commence à être grande. Son mari a pris une 3ième épouse, et depuis peu, il est devenu chef.

Awa, dont le beau prénom signifie : eau est bien sûr musulmane et  fréquente régulièrement la mosquée.

Sa journée commence à  4h du matin. Elle prépare le tô, repas traditionnel à base de farine de mil ou de maïs. Elle pile le mil dans un pilon et il lui faut une heure pour cette tâche.

Ce sera le petit déjeuner et le repas du soir. Je parle, bien sûr, des années où les récoltes sont bonnes.

A midi, du riz sera servi, toute la famille partage le moment des repas.  Après avoir cuisiné, Awa va chercher l’eau, à demi-heure, quand la pompe la plus proche n’est pas en panne. Comme elle a la chance, c’est  2 voyages avec une charrette chargée de 15 bidons (de 20 litres) qu’elle accomplit cette corvée ; corvée car, avec une pompe manuelle, il faut presque deux minutes pour remplir un bidon ! Imaginez si une dizaine de femmes attendent leur tour…

Dans la concession, il  y a une vingtaine de personnes,  et il faut près de 20 litres  par  personne.

Tous les 3 jours, elle va ramasser du bois pour son feu. C’est un vrai problème car elle brave, comme toutes les femmes du village, l’interdiction de ramasser, même du bois mort sous peine d’amende. Cette interdiction est cependant justifiée car le Burkina est en voie de déforestation !

Awa doit ensuite abreuver les bêtes, travailler au jardin.

Le soir, elle nettoie sa cour, lave les enfants.  Quand elle a un peu de temps pour elle le soir, elle écoute la radio ou avec d’autres femmes, elles échangent  et se racontent des histoires.  A 9h, extinction  des lampes à pétrole.

C’est le travail au champ ou au jardin qui épuise le plus Awa.  Elle espère que les nouvelles installations du jardin vont faciliter sa vie, déjà, les hommes participent aux travaux de contre saison, ce qui est une révolution !

Elle espère que les bénéfices générés par le jardin dans le futur, lui permettront de réaliser son grand rêve :     Avoir son vélo !

 Voilà une vie de femme de la région du Kadiogo, commune de Tanghin Dassouri, village de Goghin,  à moins de 40km de Ouagadougou !

 

Ouaga le 27 novembre 2012

 

 

 

 

 

 

 

Modifié le24 mars 2021
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